Enquête-métier : Alain Duhamel, l’éditorminator

Crédit RTL
Crédit RTL

Cinquante années de carrière, dont quarante ans d’éditos… Alain Duhamel est certainement le plus capé de nos journalistes politiques. Interview.

 

Quelles sont les qualités d’un bon éditorialiste ?

Le recul, la culture, le travail et l’honnêteté… et forcément, le talent d’expression.

Diriez-vous que l’éditorialiste est un journaliste sous sérum de vérité ?

… (Il hésite). L’éditorialiste est de toute façon quelqu’un qui doit être honnête avec lui-même. On peut dire qu’il existe deux familles d’éditorialistes, il y a les analystes et les engagés. Ensuite, son tempérament, son âge, le média pour lequel il travaille, fera qu’il sera plus ou moins analyste ou plus ou moins engagé.

Quelle est la principale différence entre un éditorial à la tv, en radio, ou sur papier ?

En presse écrite, la plume compte évidemment beaucoup. À la télévision, la contrainte c’est le temps. J’ai exercé dans une période privilégiée de ce point de vue là. Sur Antenne 2 puis France 2, j’avais trois minutes, comme à la radio. Aujourd’hui, ils ont plutôt 50 secondes. Je ne pense pas qu’on puisse faire un édito qui veuille dire quelque chose en moins de trois minutes. À la radio, cela dépend de la technique que l’on utilise. Moi je parle sans note, d’autres lisent leur texte, d’autres le font avec une sorte de schéma sous les yeux. Il faut avoir en tête un raisonnement structuré, avoir réfléchi à des exemples et à des formules, et puis se laisser aller.

Que pensez-vous des édito américains, sur CNN, FOX News…?

Ils ont un côté télé évangéliste, et ça, j’y suis complètement allergique. Je considère que si l’exercice devient une mécanique, c’est en permanence de la surenchère, dans un sens comme dans un autre, et la surenchère, c’est le contraire de l’éditorial. Ce n’est plus engagé mais partisan, simplificateur… En revanche, quand j’ouvre le NY Times ou le Herald Tribune, je lis beaucoup d’édito engagés qui restent des éditoriaux au sens où je l’emploie. Donner son point de vue est une chose, prêcher pour un camp ou un personnage, en est une autre.

Vous êtes l’éditorialiste le plus chevronné du pays, quel est le secret de votre durée ?

Le secret, c’est le travail. Rien d’autre. Percer, c’est une question de chance, de talent etc. Durer, c’est une question de travail. La pire des choses, c’est de s’endormir et d’essayer de vivre sur ses lauriers.

Tarik Boukhatem